La vérité hypnotique

" Ce qui tourmente les hommes, ce n'est pas la réalité mais les opinions qu'ils s'en font "
Épictète


" Si aujourd'hui un psychologue peut de quelque manière faire preuve de bon goût (d'autres diraient : de probité), c'est en résistant au langage honteusement moralisateur qui entache peu à peu tous les jugements modernes sur les hommes et les choses. "
Nietzsche

" Nous sommes en tant que thérapeutes des gens qui construisons le monde que nous sommes supposés décrire "
Mony Elkaïm

Introduction

" Hypnose " et " vérité " : quand on associe ces deux mots, une des premières idées susceptibles de venir à l'esprit, c'est que l'hypnose est un moyen d'aider les patients à retrouver les vraies causes, l'origine véritable mais " refoulée ", " clivée ", " déniée ", " désavouée " ou " dissociée " des symptômes psychologiques ou psychosomatiques dont ils souffrent. Cette idée que l'hypnose aiderait à retrouver la source inconsciente des difficultés est fréquemment invoquée dans les demandes de thérapie et particulièrement celles d'hypnothérapie. Elle est d'ailleurs aussi à l'origine d'une des peurs assez fréquente suscitée par l'hypnose : " Est-ce que je saurai ce que je vous dis ? Est-ce que je m'en souviendrai ? " Dans cette perspective, l'hypnose est clairement identifiée à une sorte de sérum de vérité.

Cette idée de guérison par la recherche de la vérité n'est, bien sûr, pas l'apanage de la thérapie par hypnose. Toutes les thérapies interprétatives issues de la mouvance freudienne y souscrivent peu ou prou, ce qui n'a rien d'étonnant puisque c'est à partir de sa méthode cathartique, d'abord avec hypnose puis (presque) sans, que Freud a, dans les années 1890-1900, élaboré la psychanalyse.

Or, l'hypnose a-t-elle quelque chose à voir avec la vérité ? Il est permis d'en douter, comme nous allons tenter de le montrer, de même qu'il est permis de douter que la psychothérapie en général ait grand chose à voir avec quelque chose comme une vérité de ce qui se serait réellement passé dans l'enfance du patient. Bien sûr de nos jours, de nombreux thérapeutes qui se situent de près ou de loin dans la mouvance freudienne accorderont volontiers que ce qui s'est réellement passé dans l'enfance du patient n'est pas ce qui importe le plus. Ce qui compterait serait de pouvoir accéder non pas à ce qui s'est objectivement passé (idée que j'appellerai " version forte de la vérité-guérison " ), mais à la façon dont le patient l'a subjectivement vécu. J'appellerai cette version " version faible de la vérité-guérison " .

C'est à la validité de cette théorie de la vérité-guérison inspirée par l'hypnose, surtout dans sa version forte, mais également dans sa version faible, que nous allons consacrer les réflexions qui suivent. Elles nous mèneront à devoir conclure que, s'il y a bien une vérité hypnotique, ce n'est pas au sens où l'hypnose ou des techniques dérivées comme l'association libre seraient un moyen d'accès à la vérité et par là la guérison ; c'est malheureusement au sens d'une vérité qui nous hypnotise, nous paralyse, nous englue et nous empêche d'envisager créativement d'autres manières de faire de la thérapie, que ce soit avec ou sans hypnose.

Pour aborder ces questions, prenons le temps de revenir quelque peu sur ce qui semble se jouer lors d'une induction hypnotique, notamment au niveau communicationnel verbal, celui qui se prête le mieux à l'observation. Je ne ferai qu'en reprendre succinctement quelques aspects ici, le développement de ces idées étant disponible ailleurs (1) .

 

NOTES

(1) Melchior (1998). Il ne s'agit pas d'affirmer ici que seuls les dimensions verbales comptent : de nombreux éléments paraverbaux ou non verbaux jouent également un rôle important en hypnose. Retour au texte

 

 

 

 

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